vendredi 5 avril 2019

Lettre à mon corps : accepter son corps et ses complexes.

Hello

Voilà un article qui m'a pris beaucoup de temps... Deux ans en réalité, tout part du projet de amie Louise : "l'être à mon corps", elle m'a proposée d'écrire (donc) une lettre à mon corps.. Ce corps à accepter c'est un long travail, un effort de confiance, de guerre contre soi-même.

Le projet et ses objectifs : 
- Permettre à des personnes de participer à un projet thérapeutique et artistique en leur proposant une place pour s'exprimer et pour partager sur leur corps
- Donner et rendre visible la parole de tout le monde afin de contribuer à la reconnaissance de tous les corps notamment de ceux qui sont aujourd’hui « invisibles »
- Créer un mouvement lié à la richesse des corps

J'en parle souvent avec des amis, de ces complexes qui peuvent gâcher une vie... Je connais très peu de femmes (et d'hommes) qui s'assument entièrement, et le regard des autres y est pour beaucoup.

Crédit : François Capdeville

Tous mes complexes sont nés d'harcèlement moral au collège quand on me crachait des insultes au visage, où on balançait des mots avec écrit "Charlotte est trop moche" à travers les salles de classe. Il m'a fallu des années pour avaler le surnom de "Cheumcheum" qu'on me filait alors.

Des années d'écriture, d'extériorisation. Je crois que j'ai pris conscience que tout ça c'était des bêtises à l'âge de 21 ans : beaucoup de bienveillance fraternelle, beaucoup de mots qui rassurent de la part de proches.. Tous les complexes ne sont pas perçus de la même manière par certains, et me trouver "trop grosse" parait indécent au regard d'amis à qui je peux en parler.  Tout ça à cause d'un esprit familial un peu trop porté sur le poids des gens...

Je ne vais pas étaler ici ce qui m'a amenée à tant de complexes, mais une chose est sûre :
Nous sommes toutes différent-e-s et nous avons chacun-e-s nos défauts, nos hantises, nos parties du corps que l'on n'accepte pas. Aucun complexe n'est à minimiser, aucun complexe n'est risible.
Alors je choisis les photos que je publie, je pose toujours méticuleusement de manière à ce que ce que je n'aime pas ne paraisse pas, je surmonte peu à peu les idées que je me suis mises en tête. Je me rassure en voyant maintenant dans la presse et sur internet fleurir des mannequins "normales", avec des vergetures, de la cellulite, des seins pas trop ronds, des cicatrices, je suis admirative devant certains bloggeuses dont mon amie Juliette qui essayent de s'assumer parfaitement et publiquement.

J'ai fait plein de trucs pour accepter mon corps aux différents stades de ma vie, j'ai posé pour un ami photographe talentueux et je me suis sentie belle, j'ai fait du sport alors que je déteste ça pour voir se dessiner un peu plus de muscles, j'ai appris à m'habiller, j'ai appris à sourire. Parce qu'il faut parfois savoir se faire des compliments et accepter ceux qu'on nous fait.. Parce que le bonheur commence souvent par être bien avec soi.

Crédit : François Capdeville

Crédit : François Capdeville

Aujourd'hui j'ai un peu plus confiance en moi, et j'ai pris conscience de mes atouts, et s'il reste du travail à faire, voici ma lettre à mon corps :

« T’es moche, t’es grosse, et tu te fous des claques un jour sur deux quand ton poids s’affiche sur la balance. »

Et pourtant, pourtant qu’est-ce que t’es belle quand tu souris, tu brilles, "on s’envolerait" t’avait dit un jour un vieux au coin d’une rue.. "Mademoiselle, ce sourire, il donne des ailes." Comme un coup de poing porté au milieu de l’estomac.. Alors devant ton miroir tu montres tes dents, et tu essayes d’avoir confiance malgré tout, tu essayes je te jure, et ce n'est pas simple tous les jours.
Ça demande bien du courage, assumer des années d’insultes et des années à te couvrir de honte, jamais comme il faut, toujours un défaut.
Bien sûr t’as tes complexes : trop de hanches, pas assez de cul, et ce ventre qui, bien qu’il soit plat parfois, te hante.
Avec les années tu as appris, tu t’es dit que finalement si des regards se posent sur toi c’est que tu plais quand même à des gens.. Alors tu as commencé à te plaire à toi même, à te trouver jolie devant ton reflet dans les vitres, à ne plus t’éviter, à te regarder en photo et savoir te mettre en valeur.

Alors ces soirs où tout est beau tu noues ton foulard rouge dans tes cheveux, tu bordes tes yeux de noir et d’or, et soulignes tes joues d’un rire précieux. Il t’en a fallu des moments de doutes, des heures de larmes pour les kilos que tu ne perds pas ou ceux qui sont revenus au galop en même temps que le bonheur de vivre. Dix de perdus cinq de retrouvés, comme quoi l’adage s’applique comme bon lui semble. 

Mais t’es belle, avec tes formes là où il faut, ton regard qui déborde d’émotions, tout se lit sur ton visage, et sous le mascara, les cicatrices des sanglots, des lustres passés à te détester. Ta confiance n’est toujours pas au rendez-vous, alors quand il te prend par la main tu te ressources de tout, quand il te dit que tu es parfaite tu essayes d’y croire, promis un jour tu y arriveras. 
En attendant tu assumes, en attendant tu t’aimes un peu plus qu’hier, en attendant tu rayonnes, c’est ça qui compte. Pas ton désastre intérieur. 




Vous êtes ce qu'il y a de plus beau pour vous-même.


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