vendredi 17 mai 2019

Il y a encore tant de combats

Il y a encore tant de combats. 
C'est la phrase qui m'est venue à l'esprit ce matin, 17 mai, Journée Mondiale contre l'Homophobie et la Transphobie, à l'aube du Pride Month, des défilés, des mises en lumière d'une lutte quotidienne LGBT + (nous n'allons pas débattre de pourquoi nous célébrons, pourquoi faire un événement spécial, pourquoi si "vous ne voulez pas être différenciés alors que vous vous différenciez tous seuls", si, si, si...) 
Justement. Un combat pour être reconnus comme des individus comme les autres, parce que la communauté n'a pas de droits comme les hétéro-normaux. Dans une société tellement ignorante, dans une société qui n'avance que très peu (ou qui recule parfois..). Et je ne parle pas de mon pays d'accueil particulièrement, je peux aussi parler de ma tendre France, pas si tendre en ce moment. J'ai eu envie de réagir à tous les commentaires haineux, ou qui cachent leur haine derrière des blagues plus ou moins douteuses, qui ont été postés sous la photo de Coca-cola aujourd'hui sur Facebook. Révulsée derrière mon écran. 


Paris Le Marais, des passages souvent taggués
Aimer les gens et non pas le genre, aimer le sourire, le rire, les larmes, les personnalités, les ambiguïtés, les différences, l’individualité. Cela fera toujours partie de ce que je suis, du tout début jusqu’au jour où mon coeur s’arrêtera de battre. 
Être bi-queer (s’il faut qu’il y ait une case) est une longue traversée de doutes, de chemins, de questions qui parfois n’auront aucune réponse, c’est un parcours, un courage aussi. Je n’ai pas choisi d’être ainsi, je ne me suis pas levée un matin en me disant « tiens je vais aimer les meufs maintenant » non, ce n’est pas un choix d’aller avec un homme, de s’accrocher à une femme. C’est au-delà de la connaissance même, aucun gène, aucune science ne peut définir ce qui fait l’amour, ce qui crée l’essence même de ce qui fait la vie. 
Ce n’est pas un choix mais c’est un lot de conséquences : le regard des gens, les réflexions anodines, les traits d’humour qui cachent tant d’ignorance et parfois tant d’homophobie. 



A combien de postes me verrai-je être refusée ? Combien de détours vais-je devoir emprunter pour ne pas dire, pour cacher car je sais que mon interlocuteur se fermera, ou sera beaucoup trop curieux, à quel hétéro dit-on "Qui c'est qui fait l'homme ?" ? Quelle curiosité anodine cachera une incompréhension voir un rejet complet de ce que je suis ? A combien de blagues je vais encore devoir faire semblant de rire ? Combien de réflexions vais-je encore devoir affronter lorsqu'en entendant le mot "pédé" je me mettrai en colère ? Combien d'insultes, combien de "sales gouine", combien de "tu serais vachement mieux avec un mec", combien de "c'est comment avec une fille",  combien de "et tes parents ils ont dit quoi" ? Et combien de fois la personne avec qui je serai entendra "t'as pas peur qu'elle se barre avec une meuf / un mec ?" combien de remises en question subira cette personne et combien de fois devrai-je prouver que mon orientation sexuelle n'a rien à voir avec ma stabilité ?



D'entendre des "ta vie va être si compliquée, pourquoi rajouter ça?", oui c'est un fait, mais cela ne devrait pas être un rajout de peine, parce que je le sais, toute ma vie je me poserai à moi-même ces questions, mais je ne suis pas certaine qu'une personne qui aime une personne du sexe opposé ne se pose pas autant de questions.

Mais j’ai de la chance, j’ai de la chance d’être entourée de la meilleure famille qui soit, d’avoir des exemples proches de moi, d’avoir l’indulgence et le respect autour de moi. J'ai de la chance de pouvoir en parler librement, de ne pas (trop) souffrir des regards, des préjugés, j'ai de la chance que cela soit accepté.

Ça aide. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Alors il faut continuer à se battre. -

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